SKEMA Globe Stoppeur – Un tour du monde en stop à la rencontre des anciens diplômés de son école

Benjamin «  LA SAGESSE C’EST D’AVOIR DES RÊVES SUFFISAMMENT GRANDS POUR NE PAS LES PERDRE DE VUE LORSQU’ON LES POURSUIT » OSCAR WILDE. Ton projet : Faire le tour du monde seul en stop pour interviewer des anciens diplômés de Skema, mon école de commerce. L’idée initiale était un blog avec des articles sur les anciens diplômés, puis […]

Benjamin

Benjamin

«  LA SAGESSE C’EST D’AVOIR DES RÊVES SUFFISAMMENT GRANDS POUR NE PAS LES PERDRE DE VUE LORSQU’ON LES POURSUIT » OSCAR WILDE.

Ton projet : Faire le tour du monde seul en stop pour interviewer des anciens diplômés de Skema, mon école de commerce. L’idée initiale était un blog avec des articles sur les anciens diplômés, puis le projet a évolué vers un documentaire pour transmettre plus largement les interviews et les enseignements qui découlaient de ce périple.

Ton projet en quelques chiffres : 41800 kms, 3 continents, 21 pays, 209 conducteurs, 25 camions, 741 heures de STOP.

Les raisons de ton départ ? J’ai toujours eu l’envie de voyager. Les voyages en famille que j’ai eu la chance de faire et le 4L Trophy en 2010, un raid humanitaire de 10 jours en 4L à travers le Maroc, ont été des éléments déclencheurs. L’envie de partir devait être contagieuse car mon copilote du 4L Trophy s’est lui aussi lancé dans un tour du monde à vélo, On the green road, pour réaliser un film documentaire sur les consciences écologiques des pays émergents. Plus d’informations sur http://onthegreenroad.com

A quel moment de ta vie professionnelle es-tu parti ? Je suis en école de commerce à SKEMA Business School et mon année de stage en entreprise s’est transformée en tour du monde avec un projet.

Quand ? Octobre 2012 à Août 2013.

En combien de temps as-tu pris la décision de partir ? Je savais depuis quelques années que j’avais envie de partir mais j’ai pris la décision 7 mois avant mon départ.

Quel était ton budget ? 10 000 euros. 5000 euros en cash (dont 2000 euros via Kiss Kiss Bank Bank, une plateforme en ligne pour lever des fonds) et 5000 euros en nature (équipements, médicaments). Je vivais avec 10 euros par jour et je ne payais ni les transports ni le logement quasiment. L’avantage de voyager en STOP 😉

A quel niveau de risque te places-tu (1 : Complètement irresponsable, je n’ai peur de rien; 2: Très souvent irresponsable, j’ai le goût du risque;  3: Je suis une aventurière responsable 4:Je me méfie énormément; 5: J’ai peur de tout) ? 1 – Je n’associe pas directement le risque à la notion d’irresponsabilité. Avant de dire oui, j’analyse la situation même si j’ai tendance à flirter avec la ligne blanche… Le voyage teste clairement tes limites. Jusqu’où je suis REELLEMENT capable d’aller ? Personnellement j’étais à la recherche d’adrénaline, de sensations fortes… Qu’elles viennent de l’aventure en elle-même ou des rencontres qui en découlaient.

Tu aimes : J’aurais pu voler les mots de ce cher Patrick Coutin en disant « j’aime regarder les filles qui marchent sur la plage » mais j’aime bien sentir les gels douche dans les supermarchés (surtout celui au lait d’amande douce) !

Tu n’aimes pas : Le goût du timbre à lécher avant de le coller sur une enveloppe.

Ton livre du moment : Damien autour du monde de Gérard JANICHON. Damien est le nom du bateau dans lequel des grands barges, à l’âge de 18 ans, sont partis faire une tour du monde en 1969 pendant 5 ans. Ils n’avaient  jamais fait de voile auparavant. Le prophète de khalil Gibran est également un de mes ouvrages favoris.

Ton objet indispensable : Le briquet.

Tu préfères avoir une jambe en mousse ou des dents en bois ? Des dents en bois car je ne perds ni ma langue ni mes papilles. Et puis une jambe est beaucoup plus utile (je rappelle que ce voyageur a fait le tour du monde en stop !).

Quels pays as-tu traversé ? Pérou – Bolivie – Chili – Argentine – Brésil – Bali – Thaïlande – Laos – Cambodge – Vietnam – Chine –  Tadjikistan – Ouzbékistan –  Turkménistan – Iran – Turquie – Bulgarie – Serbie – Hongrie – Autriche – Allemagne – France.

Bilan : Sur 209 conducteurs je n’ai pas jamais eu d’ennui à l’exception d’une blague de mauvais goût. Le monde ne serait-il pas finalement plus safe que ce les médias veulent nous faire croire ?

Comment l’idée est venue ? Je voulais donner un sens à mon tour du monde et éviter de me perdre dans le voyage. Après le 4L Trophy, je voulais vivre une expérience encore plus grande mais sans idée précise. Au fur et à mesure des questions, des discussions et des soirées arrosées, l’idée s’est concrétisée. Grâce à mon cercle d’amis, étudiants dans différentes écoles de commerce, j’avais perçu l’importance du réseau des écoles. J’ai donc eu l’idée de partir à la rencontre des anciens diplômés de mon école,  notamment la communauté des ambassadeurs SKEMA, afin de retransmettre leurs histoires, leurs parcours, leurs témoignages et leurs conseils autour du thème de l’expatriation.

Ton projet a été accepté facilement ? Pas vraiment. Je suis passé par le réseau Alumni (association des anciens diplômés) qui ont directement cru en mon projet et qui l’ont fait valoir auprès de SKEMA. J’ai ensuite vraiment pris conscience de la valeur ajoutée que j’apportais à mon école et j’ai cru de plus en plus à mon projet. Une fois le soutien de SKEMA obtenu, ça m’a donné des ailes, je n’avais plus de barrières pour partir faire le tour du monde.

Faire du stop c’est facile ? C’est relativement facile partout dans le monde surtout en Amérique Latine. Moins en Asie, je ne parlais pas la langue et le concept de l’auto stop est méconnu, j’étais souvent à l’arrière d’un pick-up et je  tapais sur la vitre pour m’arrêter. Voir mon conseil sur le stop en Amérique Latine.

Faire du stop pour une fille c’est dangereux selon toi ? « C’est hallucinant à quel point je vais super vite » disait une fille qui descendait tout l’Amérique du Sud. Dans la conscience collective, une fille est une proie facile. Par esprit protecteur, personne ne veut la laisser sur le bord de la route de peur qui lui arrive quelque chose. Pour une fille, le seul bémol serait le Moyen-Orient comme l’Iran. Le rapport à la femme est opposé à notre vision occidentale et même si ça reste un pays extraordinaire, le stop pour une femme, même en y respectant les codes culturels, me semble compliqué.

T’es-tu senti une fois en danger ? Après 10 jours sur un voilier, au coeur des glaciers patagoniens et du Cap Horn, j’entamais ma remontée vers Puerto Madryn, en Argentine, pour y célébrer le nouvel an. Seul sous la pluie dans une station service la nuit du 30 au 31, un camion de trois frères argentins me prend enfin et me fait asseoir à l’avant entre le conducteur et le passager. Le camion démarre, on commence à parler de sujets bien masculins jusqu’à ce que je sente une main sur ma cuisse : « On aime bien les blonds aux yeux bleus nous les argentins », voilà ce qu’il disait. Et là, les trois commencent à parler extrêmement vite pour éviter que je comprenne. J’ai eu peur. J’étais prêt à sortir mon couteau de ma poche, le planter dans la cuisse du gars, ouvrir la portière et sauter du camion. Ils ont fini par rigoler, c’était une blague.

Poids de ton sac à dos ? 21 kilos au début du voyage, 16kg ensuite.

Contenu de ton sac à dos ? Tente (je dormais souvent sur les bords d’autoroute en Amérique du Sud), matériels pour le documentaire, médicaments (que je jetais régulièrement pour réduire le poids du sac), un couteau, une boite de conserve (en guise d’assiette et de cuillère), le baume du tigre.

Tu parlais espagnol avant de partir ? J’avais les rudiments. On me disait que je n’arriverai pas à faire du stop, c’était décourageant, mais finalement ça n’a pas été un problème.

Quelque chose que tu ne recommencerais pas ou que tu ferais différemment ? Non.

Choc culturel ? L’Iran. J’avais une vision erronée du pays. Les iraniens eux-mêmes dépensent énormément d’énergie pour parler de l’image faussée que l’on peut avoir. Certains m’ont même demandé de communiquer sur ma vision de l’Iran dès mon retour en France. J’ai rencontré des gens incroyables, des paysages magnifiques comme Tabriz. A savoir : Seuls les gens qui intègrent de grandes universités à l’étranger peuvent obtenir un passeport…

Ta plus grosse arnaque : Je me suis laissé attendrir par une grand-mère qui parlait français à la Paz en Bolivie. Je lui avais avancé de l’argent parce qu’elle avait l’air honnête. Elle habitait à Sucre, un peu plus au sud,  donc je pensais qu’on se retrouverait le lendemain de notre rencontre mais elle n’est jamais venue à l’auberge de jeunesse me chercher, elle m’a même volé mon unique paire de chaussures de marche.

Le petit plaisir confortable qui t’a le plus manqué ? Le beurre aux cristaux de sels et la baguette de campagne bien cuite (malgré les boulangeries françaises au Laos).

La pire nuit : 20 heures de train debout entre Guangzhou et Shanghai. Faute de places dans le train couchette (attention aux périodes de vacances des chinois) je me suis retrouvé en 4ème classe.  J’étais entassé avec des asiatiques mais heureusement j’étais le plus grand et je pouvais facilement respirer ! J’ai pu admirer la crasse du wagon où tout le monde jetait sa nourriture par terre! La petite fille serrée contre moi a même uriné sur mes chaussures. J’étais tellement fatigué que ma tête se posait sur celle du chinois d’à côté. Bref, l’horreur.

Qu’est-ce qui t’a le plus surpris ? En Thaïlande, chaque jour l’hymne résonne dans toute la ville pour célébrer le roi. Tout le monde se met alors debout et stop son activité le temps de l’hymne.

Quel est l’animal qui t’a le plus marqué ? Napoléon, un manchot royal qui vit dans une niche de chien et qui est nourrit par des militaires. Il s’est échappé de l’Antarctique et s’est retrouvé sur l’île de Lennox, à la pointe du canal Beagle dans la baie d’Ushuaia, un sémaphore précisément, où des familles militaires surveillent le passage des cagots.

Napoléon

Qu’est-ce que tu as vécu comme un baroudeur ? J’ai péché des piranhas, j’ai construis des bicoques en bambou, et je vivais au rythme des populations locales pendant 10 jours. C’était dans la forêt amazonienne, dans un centre d’éco tourisme, El Gato, tenu par la famille Ramirez. L’objectif de ce centre est que les touristes travaillent pour les communautés locales et découvrent le quotidien des habitants de la région. Seul le trajet sur le fleuve rio Tambopata, pour rejoindre le centre, est payant.

Combien de fois lavais-tu tes affaires ? Tous les trois jours.

Ton cadeau souvenir « de toi à toi » : Un pull où je brodais les drapeaux de tous les pays traversés.

Un mot : Osez

Une citation : Les grandes choses se font par les gens ordinaires mais avec une énergie extraordinaire. Quand on a compris ça on a plus aucune barrière. N’ayons pas peur de rêver grand !

Un souvenir : le cap Horn.

Une rencontre : Dans la Caleta (petite crique) Ferrari, le long des canaux patagoniens, un homme vit loin des sollicitudes et des tracas du continent, en harmonie avec la nature. Issu d’une famille de pêcheurs, c’est dans la chasse qu’il s’est épanoui. Il a peur de l’eau donc depuis 10 ans il loge dans une cabane près de la mer. La journée, il chasse. Il s’occupe aussi de plus de 600 chevaux sauvages pour le compte d’un milliardaire, propriétaire de l’île. La plupart sont castrés (un coup de machette et un sceau de gros sel pour cicatriser la plaie et c’est fait). Seul sur son lopin de terre la quasi-totalité de l’année, son amie, une belge installée en Argentine, vient le rejoindre trois mois par an.

Des conversations marquantes : Celles avec mes conducteurs. Je ne connaissais rien d’eux, je n’avais pas de préjugé et ils savaient qu’il y avait peu de chance qu’on se recroise. J’ai donc eu droit à des confidences et j’ai entamé de longues discussions, souvent philosophiques, alors que je n’étais qu’un inconnu.

Un coup de stress : Je rêvais de passer le cap Horn à la voile et j’étais prêt à tout pour y arriver, à souffler dans les voiles pour faire avancer le bateau s’il le fallait. Après 150 e-mails envoyés à des agences de voyage, des skippers etc. Carole, responsable de « L’esprit d’équipe » (un voilier de légende), a accepté de me prendre mais la date de départ était fixe. J’avais donc 4 jours pour descendre du Nord du Chili jusqu’à Ushuaia, soit 4000 km !! Ce fût littéralement la course.

Un lieu insolite : Ce n’est pas un bon plan qu’on se refile je pense. Ce qui fait la magie d’un lieu, c’est surtout la manière dont on y est arrivé, les rencontres qui nous y ont conduit… Je pourrais parler de Doi Inthanon, le mont le plus haut de Thaïlande que j’ai découvert de nuit, sans la masse touristique.

Une émotion : Paraty au sud du brésil, un lieu sublime où j’ai passé une partie du Carnaval.

Une surprise : Une fois en France, j’ai reçu une carte postale d’une famille argentine qui m’annonçait que leur fille de 19 ans était enceinte. C’était la dernière voiture qui m’a permis d’aller à Ushuaia réaliser mon rêve. Je me suis rarement senti « à la maison » pendant mon tour du monde mais avec eux c’était différent.

Un message : « Si vous pensez que l’aventure est dangereuse je vous conseille d’essayer la routine elle est mortelle » Paulo Coelho. Une vie n’est pas un tour du monde mais j’ai tiré des enseignements de mon expérience pour l’appliquer dans mon quotidien et fuir la routine.

Une photo :SKEMA GS

Les implications sur ta vie après : Je veux apprendre à naviguer sur un voilier pour faire, un jour, le tour du monde à la voile avec ma femme et mes 4 gosses (oui, c’est précis). Mon étape au cap Horn m’a complètement chamboulé. Les émotions sur un bateau sont des doses d’adrénaline qui me plaisent.

Ton profil risque a-t-il changé à la fin du voyage ? Je pense avoir gardé une forte appétence risque notamment pour les émotions intenses que cela me procure. Aujourd’hui, avec l’expérience, je suis capable de distinguer le risque inconscient, lié à l’adrénaline pure, au risque mesuré et réfléchit, qui est beaucoup plus constructif.

Ce que tu as retenu dans la construction de ton projet ? Quand une porte est fermée, passez par la fenêtre. Si les choses paraissent impossibles et qu’on te rit au nez, il faut lutter, persévérer, faire preuve d’opiniâtreté.

Heures max. dans un bus : 0

Heures max. dans un train : 24 h (J’ai triché une fois en Chine parce que personne ne me prenait en stop … mais plus on s’enfonce dans les campagnes comme Urumqi plus c’est simple !)

Heures max. dans un bateau : 10 jours

Jours max. sans douche : 1 mois environ. Autrement tous les 2-3 jours avec un peu d’eau et du savon.

Nombre de piqûres : Pendant mon escapade dans la forêt amazonienne, mon corps était couvert de boutons, on ne pouvait pas me toucher sans en effleurer un.

Nombre de kilos perdus : Euh … je sais simplement que je suis devenu un peu plus sec.

Nombre de paires de basket : 2 (dont une paire qui a été volée en Bolivie !).

Nombre d’affaires perdues : Beaucoup. Des habits surtout.

Nombre d’affaires volées : L’anecdote vaut le détour… J’avais décidé à Hô Chi Minh au Vietnam de prendre pour la journée un Xé Om, une moto taxi, parce que j’avais beaucoup de rendez-vous. A la fin de la journée, avant qu’il ne me ramène à l’auberge, je décide de faire un foot et je pose mon sac à dos dans les cages qui contenait tout mon matériel documentaire, Go Pro, trépied, micro ET mon pull souvenir. Là je vois mon « ami » le conducteur Vietnamien prendre le sac pensant qu’il allait le mettre « à l’abri »… mais il est tout simplement parti avec. Il m’a pourtant dit au déjeuner de faire attention à mes affaires ! On m’avait mis en garde sur l’Amérique Latine et moins sur l’Asie … ! J’ai probablement péché par excès de confiance. Par contre, dans mon malheur, je n’ai pas été seul, et je trouve qu’on ne l’est jamais. Il faut savoir tirer le bon même dans une situation déconcertante. Cela m’a permis de rencontrer des Vietnamiens exceptionnels qui m’ont aidé à refaire mes papiers. Avec le recul, j’imagine que la valeur de la leçon apprise valait sans doute beaucoup plus que le matériel que je transportais dans mon sac à dos.

Site internet : http://www.theskemaglobestoppeur.com et la page Facebook !

Contact : theglobestoppeur@gmail.com

Le documentaire (à voir !!) : https://www.youtube.com/watch?v=1C5GKnH7NSs

 

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